Comprendre et prévenir le proxénétisme de mineurs
- Les Pénalistes en Herbe

- il y a 2 jours
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C’est quoi le proxénétisme ?
Le proxénétisme est le fait d’aider, d’assister, de protéger ou de tirer profit de la prostitution d’autrui, ou encore d’exercer une pression pour qu’une personne se prostitue. Le proxénète sert d’intermédiaire entre un(e) prostitué(e) et ses clients. Le proxénète tire profit de l’activité de prostitution d’autrui en exerçant une emprise, une contrainte sur cette personne. Le proxénétisme est une infraction pénale disposée aux articles 225-5 et suivants du Code pénal dont les peines seront illustrées à la fin de cet article.
Le fait d’entraîner, de protéger, d’aider ou de tirer un gain de la prostitution d’un mineur, ou encore de faire l’intermédiaire entre un proxénète et un mineur prostitué, c’est du proxénétisme aggravé, disposé aux articles 225-5 et suivants du Code pénal.
Le fait de recruter, transporter ou héberger un mineur et de le mettre à sa disposition ou à la disposition de quelqu’un d’autre pour commettre à son encontre l’infraction de proxénétisme, d’agressions ou d’atteintes sexuelles, c’est de la traite des enfants, disposée aux articles 225-4-1 et suivants du Code pénal[1].
Qui est concerné ?
Le proxénétisme est surtout un phénomène d’emprise psychologique. Le mode opératoire des proxénètes s’inscrit dans un schéma classique ; séduction, valorisation, isolement, sexualisation progressive, chantage, photos, vidéos, dépendance affective et matérielle. Le mineur n’est pas libre de consentir et se trouve généralement sous emprise.
Bien que la majorité des victimes de proxénétisme soient majeures, les mineurs, en particulier les jeunes femmes, constituent une population particulièrement vulnérable face au proxénétisme. 42% des victimes du proxénétisme sont mineures[2]. Ils savent trouver les mots pour les faire rentrer dans un milieu dont il est difficile de sortir.
Le mécanisme est clair, les proxénètes utilisent en majorité des jeunes femmes fragiles qui trop souvent tombent sous leur emprise. Elles ne se rendent pas compte de ce qu’elles font car bien souvent les proxénètes sont des mineurs dont elles tombent amoureuses. Les proxénètes profitent de leurs sentiments, profitent des photos intimes qu’ils leur demandent, ils les mettent sur les réseaux. Puis un cercle vicieux s'ensuit[3].
Les victimes sont de plus en plus jeunes. Ce phénomène concerne tous les milieux sociaux. Selon les chiffres de l’association Agir Contre la Prostitution des Enfants (ACPE) , 20 000 adolescentes seraient concernées par la prostitution.
Dans la plupart des cas, les jeunes femmes ne se rendent pas compte de ce qu’elles font. Bien souvent, pour elles la prostitution est une activité dite de voie publique. Par conséquent, les victimes peuvent s’offusquer du jargon employé pour désigner leurs activités, convaincues que c’est une insulte et que cela n’a rien à voir avec ce qu’elles font en réalité.
Dans les faits la prostitution se matérialise par plusieurs activités ; séance de massage dénudée, escorting[4], actes sexuels par vidéos. Tout cela n’étant que la phase préalable à l’acte de rencontre en lui-même. A leur insu souvent, les proxénètes utilisent les photos intimes que les victimes leur ont envoyées pour les partager sur des sites de prostitution pour mineurs. Si les mineures sont la proie préférée des clients, c’est malheureusement en raison de leur vulnérabilité et de leur apparente innocence.
L'Observatoire des violences faites aux femmes de la MIPROF, dans sa lettre d'avril 2025 consacrée à la prostitution, confirme l'augmentation du nombre de victimes, la part très importante des filles parmi les victimes et leur rajeunissement constant d'année en année, avec de plus en plus d'enfants de 12 ou 13 ans[5]. L'usage des outils numériques par les proxénètes est très fréquent.
Comment reconnaître un proxénète ?
Il n’existe malheureusement pas de profil type de proxénète. Les proxénètes peuvent être des hommes comme des femmes et avoir une apparence tout à fait ordinaire. On peut les rencontrer sur les réseaux sociaux, dans la rue, à l’école ou lors de sorties. Au début, ils se montrent souvent attentionnés, gentils et très présents, cherchant à créer un lien de confiance avec la victime.
Cette première phase est souvent appelée « proxénétisme de séduction »[6]. La personne va se présenter comme un ami ou un petit ami idéal, elle multiplie les compliments, les messages affectueux et peut proposer des sorties, des cadeaux ou des restaurants. Peu à peu, les échanges évoluent et les conversations prennent une tournure sexuelle.
Il arrive alors que la personne demande des photos intimes ou dénudées. Pour les victimes, cette étape peut constituer un point de bascule, mais surtout de non-retour. Sans qu’elles en aient conscience, ces images peuvent être conservées, utilisées pour faire pression sur elles ou parfois publiées sur des sites de prostitution.
Même s’il n’existe pas de comportement unique, certains signes doivent alerter. Le proxénète cherche souvent à prendre progressivement le contrôle, décidant des rencontres, choisit les lieux, les personnes à voir et parfois même les tarifs. La victime perd peu à peu son autonomie.
Il est important de rappeler qu’en France, la prostitution des mineurs est interdite et constitue toujours une infraction pénale[7]. Le proxénétisme se distingue de la prostitution en ce qu’il implique l’intervention d’une personne qui organise, profite ou impose l’activité sexuelle à une autre.
Comprendre ces mécanismes permet de mieux repérer les situations à risque et de s’en protéger.
Comment reconnaître les signes ?
Souvent les parents sont démunis face au comportement changeant de leur enfant et à son manque de communication. Sac de luxe impossible à acheter avec l’argent de poche donné par les parents, cadeaux, comportement étrange, fugue, décrochage scolaire, irritabilité, un comportement soudainement très sexualisé.
Tous ces signes qui doivent vous alerter en tant que parents. Le plus dur est le manque de communication de l’enfant vis-à-vis des adultes.
Pour autant si l’on a pour usage de considérer que l’argent est le leitmotiv principal de la prostitution des mineures, ce n’est pas toujours le cas. Chaussures, téléphones, drogues ou même un besoin de reconnaissance et d’affection peuvent être des raisons à la prostitution.
Encore une fois, être prostituée ce n’est pas toujours exercer sur la voie publique, il y a diverses formes de prostitution. Il peut arriver que les jeunes refusent l’aide que leurs parents ou celle que la police peut leur apporter, convaincus des bonnes intentions dont fait preuve leur proxénète. Il y a un aspect très psychologique à cela, les proxénètes usent des failles de leurs victimes pour s’en servir contre elles. Besoin monétaire, besoin d’affection, toutes ces raisons qui poussent la jeune femme à passer le pas.
Chaque parcours est différent, bien qu’en général les victimes sont des mineurs que la vie n’a pas pu protéger. Trop souvent, les proxénètes utilisent les « failles » des victimes; problèmes familiaux, harcèlement scolaire, placement en foyer[8], maltraitance…
Les réseaux, facteur déterminant ?
Les réseaux sociaux sont une porte d’entrée du proxénétisme dont il est très difficile d’en sortir. Tout reste. En tant qu’adulte il est nécessaire d’informer et de sensibiliser les jeunes sur les dangers des photos ou vidéos intimes que l’on peut partager avec son/sa, copain/copine. Entre chantage d’images intimes ou sextorsion[9], l’anonymat des plateformes rend extrêmement difficile la suppression des contenus.
Que faire en tant que parents ?
Observez
Trop souvent les parents sont démunis face au phénomène dont leur enfant est victime. Le rôle du parent est difficile en ce qu’il faut trouver le juste équilibre. Accompagner sans briser, sans frustrer, sans offusquer. Souvent les victimes n’en parlent pas, encore moins à leurs parents. Par honte, par peur, ou tout simplement parce qu’elles n’ont pas connaissance du piège dans lequel elles se sont retrouvées.
Communiquez
Si, en tant que parents vous avez des doutes quant aux activités de votre enfant, vous pouvez tenter de communiquer avec lui. Bien que ce sujet soit difficile émotionnellement parlant, la révélation est souvent progressive. Adoptez une approche pédagogique afin que le mineur se sente libre d’en parler. Prenez le temps d’échanger avec lui et faites preuve de patience, cette attitude contribue à instaurer un climat de confiance.
Dans tous les cas, il est nécessaire de montrer au mineur que vous le comprenez, que vous voulez l’aider, qu’il peut vous faire confiance. Les mineurs ont besoin d’un repère. Soyez ce repère.
Questionnez
Les questions types du style « Est-ce que quelqu’un te fait du mal ? Est-ce que tu es contrainte de faire des choses ? » permettent une approche implicite mais très révélatrice de la situation dans laquelle votre enfant se trouve. Posez et observez les réactions.
Dans tous les cas, ne confrontez pas directement votre enfant. Sinon, il se mettra sur la défensive, niera toutes accusations et ne voudra plus aborder ce sujet. Si malgré toutes ces tentatives d’approche, votre enfant reste impassible, n’agissez pas seul.
Demandez de l’aide auprès des services de police et de gendarmerie. Ce n’est pas pour vous que vous devez le faire, c’est pour votre enfant. Agir seul est risqué, s’entourer c’est se protéger.
Quelles aides juridiques l’État apporte-t-il ?
L’État se doit d’assurer la protection des mineurs[10]. Le mineur qui se prostitue ne risque rien, c’est lui la victime juridiquement. Le droit français considère que tout mineur prostitué est une victime et ce, même s’il affirme être consentant.
La loi du 4 mars 2002 sur l’autorité parentale conjointe dispose que « La prostitution des mineurs est interdite sur tout le territoire de la République. Tout mineur qui se livre à la prostitution, même occasionnellement, est réputé en danger et relève de la protection du juge des enfants. »
La place du consentement et de la majorité sexuelle ne peut justifier la prostitution de mineurs ou d’une quelconque relation entre adulte et mineur. La loi ne fait aucune distinction entre les mineurs qui travaillent pour leur propre compte et les mineurs qui sont exploités par un proxénète ou une autre personne, car tout mineur doit être protégé et ce, jusqu’à ses dix-huit ans. La justice peut décider d’agir même si le mineur ne demande pas d’aide. Le procureur de la République peut agir même sans plainte du mineur[11]. Concernant le rôle du juge des enfants, il peut mettre en place des mesures de placement, d’assistance éducative ou encore de protection judiciaire[12].
Parents ou tuteurs légaux, si vous avez des doutes ou suspicion de violences commises à l’encontre d’un mineur, déposez plainte. Enseignants ou personnels scolaires, signalez la situation à la direction de l’établissement, signalez aux autorités, alertez la cellule de protection de l’enfance.
Quelles peines pour les proxénètes ?
1. Les peines pour les proxénètes dépendent de l’âge de la victime :
o Si la victime a seize ou dix-sept ans : le proxénète encourt jusqu’à dix ans d’emprisonnement et 1,5 million d’euros d’amende.
o Si la victime a moins de quinze ans : le proxénète encourt jusqu’à quinze ans d’emprisonnement et 3 millions d’euros d’amende.
o Si le crime est commis en bande organisée[13] : les proxénètes encourent jusqu’à vingt ans d’emprisonnement et 3 millions d’euros d’amende.
o S’il y a torture ou actes de barbarie la peine peut aller jusqu’à la prison à perpétuité et 4,5 millions d’euros d’amende.
2. Les délais pour poursuivre ces crimes sont :
o Dix ans lorsque la victime est mineure.
o Vingt ans lorsque la victime a moins de quinze ans.
Pour les mineurs, le délai de prescription commence à partir de la majorité[14]. Donc la victime peut porter plainte jusqu’à 28 ou 38 ans selon les cas.
Si l’auteur est de nationalité française, il peut être poursuivi par la justice française même si les faits ont été commis à l’étranger, et même si ces actes sont légaux dans le pays où ils ont eu lieu[15].
Quelles peines pour les clients?
3. Les clients qui ont recours à la prostitution d’un mineur risquent :
o Trois ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende[16].
La peine peut aller jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende si :
o L’acte est répété ou concerne plusieurs mineurs,
o Le contact s’est fait par internet,
o La personne abuse de son autorité [17]
Si le mineur a moins de quinze ans, les clients risquent jusqu’à sept ans d’emprisonnement et 100 000 € d’amende.
Des peines supplémentaires peuvent aussi être décidées, comme :
o La perte de certains droits civiques et familiaux,
o L’interdiction de séjourner dans certains lieux,
o L’interdiction d’être en contact avec des mineurs.
Les numéros utiles :
o Le 17 : C’est le numéro de la police.
o Le 119 : C’est le numéro national d’accueil téléphonique de l’enfance en danger. C’est un numéro d’urgence qui permet de recueillir en toute confidentialité les appels 24h/24 et 7j/7. Ce numéro est gratuit.
Les associations reconnues par l’Etat:
o Le centre Hubertine Auclert contribue, avec l’ensemble de ses membres, à la lutte contre les inégalités et les discriminations fondées sur le sexe et le genre et promeut l’égalité femmes-hommes.
o La fédération nationale des centres d’information sur les droits des femmes et des familles se trouve partout en France et accompagne les femmes victimes de toutes les formes de violences : violences physiques, sexuelles, psychologiques, administratives ou encore économiques.
o Le Mouvement du Nid se trouve partout en France et agit en soutien aux personnes prostituées.
o L’association Agir contre la prostitution des enfants et les violences sexuelles se constitue partie civile pour porter la voix des victimes, le plus souvent absentes aux procès et appuyer la gravité de leur vécu par une seconde voix[18].
Par Manon DOUANNES.
[1] ACPE, exploitation sexuelle des mineures
[2] Observatoire national des violences faites aux femmes, n°24, Avril 2025
[3] Focus : prévention de la prostitution des mineurs, mouvement du Nid France Mai 2023
[4] Le terme escorting désigne une catégorie de personnes prostituées qui n'exercent pas sur la voie publique, mais à l’intérieur
[5] La prostitution des enfants, victimes de réseaux de proxénètes, vendredi 10 octobre 2025 à 07:13, Radio-France.
[6] Arte Pédocriminalité : dans le piège des loverboys, France 2025
[7] C. pén., art. 225-12-1
[8] Des proxénètes rôdent devant les foyers : le scandale des ados placées forcées à se prostituer, le parisien 2024
[9] C. pén., art. 312-10
[10] Article 19 de la convention internationale des droits de l’enfant
[11] CPP., art. 40
[12] C. civ., art 375
[13] C. pén., art 132-71
[14] CPP., art 9-1
[15] C. pén., art 113-6, 113-7
[16] C. pén., art 225-12-1
[17] Il y a abus d’autorité, lorsqu’un individu utilise sa position et/ou son statut dans le but de pousser, celui qui doit obéissance à commettre une infraction ou pour le contraindre à supporter une atteinte à sa dignité ou à ses droits
[18] ACPE, rapport d’activité, 2024



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