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Interview de Maitre Julien Plouton, avocat au Barreau de Bordeaux

Dernière mise à jour : 19 nov. 2023

Si vous deviez décrire le métier d’avocat en trois mots ?

Passion, exigeant et profession de foi.


Quel parcours avez-vous suivi pour devenir avocat ?

Je suis allé à la fac de droit de Bordeaux, j’ai fait un DESS Droit des affaires et fiscalité (équivalent M2 DJCE). Puis, j’ai fait un master à HEC en droit et management. Par la suite, j’ai réalisé un DEA études européennes à Grenoble. Enfin, j’ai fait mon CAPA à Paris. Dans le cadre de mon parcours, j’ai réalisé plusieurs stages qui étaient, essentiellement, tournés vers le domaine de la fiscalité et du droit des affaires. Suite à ma prestation de serment, j’ai commencé en tant que collaborateur dans un cabinet spécialisé en droit commercial pendant 2 années, puis j’ai effectué 2 autres années de collaboration dans un cabinet pénaliste, enfin je me suis installé tout seul.


Quelles sont les qualités essentielles pour devenir avocat ?

On peut y répondre en deux temps. Il y a sûrement un tronc commun en termes de qualités pour exercer cette profession, qui recouvre des activités diverses et variées. Il faut avoir l’esprit de synthèse, une bonne maîtrise de la langue française et une excellente capacité rédactionnelle. S’agissant des qualités spécifiques, avant toute chose, un avocat pénaliste est en quelque sorte un coureur de 100 mètres. La plupart des étudiants en droit sont attirés par ce métier, et la plupart s’y essayent, et avec ce métier on est très vite fixé sur ses capacités pour savoir si on est fait devenir avocat pénaliste ou pas. Avec cette profession - heureusement ou malheureusement, je ne sais pas - on est très vite confrontés à une réalité, qui peut être brutale. On sent très vite, au fond de soi, si on a cette fibre pour devenir avocat, c’est-à-dire avoir les capacités pour l’exercer comme il le faut. Bien sûr, ce métier nécessite un travail rigoureux et des bonnes connaissances en droit, mais ça ne suffit pas. Il faut également entretenir un bon relationnel avec les personnes, et ce n’est pas forcément donné à tout le monde. Dans ce métier, on est, souvent, confrontés à des gens avec des situations extrêmement difficiles et délicates, que ce soit la personne suspectée, parce qu’elle encourt des sanctions très lourdes, ou la victime, parce qu’elle a vécu un drame. Il faut donc avoir la capacité de rassurer ces personnes afin qu’elles puissent placer votre confiance en vous. Il y aussi la capacité à convaincre, et pour ce faire il faut être écouté. Si on ne vous écoute pas, vous n’allez pas convaincre votre auditoire. Et ce n’est pas si évident d’être écouté par des magistrats, c’est même de plus en plus difficile. Aujourd’hui, on est dans une société de plus en répressive, de plus en plus intolérante à la violation de la règle, et cet état d’esprit on le retrouve en grande partie chez les magistrats, d’autant plus au sein des nouvelles générations. Il y a une sorte de tentation à rendre la justice sur une base de gestionnaire. On est plus là pour rendre une justice adaptée et proportionnée à une situation donnée, mais pour épuiser rapidement l’ensemble des dossiers qu’il faut traiter. De fait, en raison de cette charge de travail conséquente, les magistrats ne sont pas toujours attentifs à ce que vous dites, il faut donc avoir la capacité de se faire entendre afin d’assurer une juste défense pour votre client. Il faut donc aller chercher l’attention du juge afin qu’il vous écoute. Pour se faire écouter, il faut également savoir parler correctement la langue française et faire porter sa voix. Cette force de conviction est d’une, certaine manière, présente en nous ou pas, ça ne s’explique pas, et elle nécessite d’être travaillée constamment. Il faut être courageux, parfois on défend des personnes qui ont commis des actes très graves, et il y a, de ce fait, une très grosse pression qui pèse sur vous. En tant qu’avocat, on n’est pas dans une situation confortable, il y a le poids de la répression future qui gravite autour de notre client, une forme d’hostilité à l’égard de celui-ci et on peut se sentir seul dans ces moments-là. Donc, ce n’est pas facile mais il ne faut pas se défiler, il faut trouver le courage de vous lever et de défendre votre client. Quand on se lève au départ, on a la pression, et c’est normal, mais plus on agit plus la peur disparaît. Enfin, il y a une qualité, qui ne s'apprend pas à la fac de droit, il faut savoir vivre. Il faut prendre la vie comme elle l’est, avoir des expériences et prendre des « chemins de traverses ». A mon sens, je pense que c’est essentiel de vivre avec cette philosophie étant donné que l’on va être amené à défendre des personnes qui ont un parcours extrêmement difficile. Dès lors, par nos expériences personnelles, on est davantage enclins à comprendre et cerner la situation d’une personne.


Comment exercez-vous actuellement le métier d’avocat ?

J’exerce en société d’avocats. Dans le cadre actuel de mon cabinet, j’envisage hypothétiquement de m’associer avec d’autres avocats, je ne sais pas si je chercherai à m’associer avec un avocat qui exerce dans un domaine trop éloigné du mien, je sais que ça se fait, j’y réfléchis encore. A mon époque, la collaboration était obligatoire. Je fais partie de ceux qui considèrent que c’était bien, je pense qu’il faudrait y revenir dans l’intérêt de tout le monde. Le métier d’avocat, avant tout, c’est un métier de transmission, et c’est ce qui fait sa beauté, on ne peut pas tout savoir tout seul, on apprend énormément en travaillant avec les autres et en les écoutant. S’agissant de mon expérience personnelle, j’assistais à beaucoup d’audiences correctionnelles afin d’apprendre de mes confrères plus expérimentés. Il y a également la cour d’assises qui est, sûrement, la meilleure école. Bien évidemment, travailler des dossiers, au quotidien, avec des avocats plus expérimentés apporte grandement. Un de mes anciens mentors me disait que l’on est à l’aise dans ce métier seulement après 10 années. Ce n’est pas faux, au bout de 10 ans on commence réellement à avoir de l’expérience.


Exercez-vous une ou plusieurs spécialités particulières ? Si oui, pourquoi les avez-vous choisies ?

J’en exerce actuellement 3. La première, étant la principale, le droit pénal. J’exerce également du droit des contrats et du droit de la consommation. Enfin, je travaille dans le domaine de l’indemnisation des victimes.


Certaines personnes critiquent fortement les avocats pénalistes, comprenant mal comment il est possible moralement de défendre certains criminels, qu’avez-vous à leur répondre ?

Ce que tout le monde répond. C’est un principe essentiel, que chaque personne puisse être correctement défendue, c’est ce qui constitue le fondement d’une République et d’un Etat de droit. Puis, il faut que les gens comprennent que l’on ne défend pas les actes des gens, mais la personne.


Si vous deviez décrire une semaine type, à quoi ressemblerait-elle ?

Ma semaine type, c’est essentiellement les audiences, les rendez-vous et du travail sur le fond des dossiers, même si j’ai la chance d’être épaulé par ma collaboratrice.


Quels sont les rapports que les avocats entretiennent avec la magistrature ?

Les magistrats ne sont pas aussi simples qu’ils devraient l’être. Bien évidemment, il faut veiller à ne pas généraliser abusivement ce propos. Il y d’excellents magistrats, qui sont très compétents, qui sont ouverts et avec qui on peut discuter. En revanche, il y en d’autres qui se présentent comme des adversaires, et avec qui, les relations sont bien évidemment plus complexes.

Ce système va, à mon sens, évoluer dans l’avenir. Il faut trouver un équilibre entre d’une part savoir se faire respecter et d’autre part être cordial et correct envers les magistrats. En outre, la situation de l’avocat auprès des magistrats n’est pas toujours confortable. On est en quelque sorte, comme le disait un des mes confrères, des « mendiants d’honneurs », on demande des choses aux juges et c’est eux qui décident. Sans pour autant dire qu’on est inférieur, on ne se trouve, néanmoins, pas dans la même position. Il faut donc également prendre cette donnée en compte lorsque l’on évoque les rapports avocats-magistrats. Parfois, on peut être confronté à un magistrat incorrect, mais il faut, avant tout, agir dans l’intérêt de son client. Si l’intérêt du client n’y est pas, il faut savoir prendre sur soi, et c’est aussi quelque chose que l’on apprend dans ce métier.


Et avec la police ?

Je ne les trouve pas mauvais. Bien évidemment, il existe certaines dérives, comme dans toutes les professions, mais globalement, dans le cadre de la relation avocat-policier, je n’ai pas grand-chose à dire, ils sont compétents. La relation avec les policiers est, à mon sens, plus simple que celle entretenue avec les magistrats. Les policiers réalisent leur enquête, ils posent des questions à notre client, font valoir certaines remarques, mais ils ne jugent pas, et donc on ne se trouve pas dans la même situation. De fait, et à mon sens, nos relations avec eux sont davantage plus aisées que celles que l’on entretient avec les magistrats.


On entend souvent que le métier d’avocat est bouché, qu’en pensez-vous ?

Je vous rassure, c’était la même chose à mon époque. Ça n’a pas changé, mais ça ne s’est pas amélioré non plus, mais, et c’est la note d’espoir, quand on veut on peut. On est beaucoup plus nombreux qu’il y a encore quelques années, c’est donc de plus en plus difficile de s’installer. On parle, d’ailleurs, d’instaurer, dans le cadre de l’examen d’entrée à l’école des avocats, un numerus clausus. Je pense, objectivement, que c’est quelque chose qui va devenir nécessaire, cette réforme peut être utile afin d’enrayer cette donnée. Il est également important de choisir ses domaines. Actuellement, il est difficilement tenable de ne faire que du droit pénal, il faut élargir sa palette de compétences.


Merci à Maitre Julien Plouton d’avoir pris le temps de répondre à nos questions !


Cette interview a été publiée pour la première fois dans la revue n°3, en décembre 2018



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