top of page

Interview d'une gendarme de la maison de protection des familles

Les violences intrafamiliales sont au cœur de l’actualité. De nombreux dispositifs sont mis en place pour intervenir de la manière la plus efficace possible s’agissant de ces infractions particulières. À titre liminaire, il convient de faire remarquer que les victimes de violences intrafamiliales sont en grande majorité des femmes, et que de surcroît, très peu d’hommes victimes portent plainte. Ainsi, s’il sera dans cette interview question essentiellement des femmes victimes, il ne faut pas oublier que des hommes sont aussi victimes de violences conjugales, et qu’ils pourront à ce titre faire l’objet d’un suivi par la maison de protection des familles.


Nous rencontrons aujourd’hui une gendarme qui travaille à la maison de protection des familles (MPF) de Poitiers pour échanger avec elle sur son parcours, et son métier au quotidien au sein de la maison de protection des familles.


Pour en savoir plus sur les auditions de mineurs, dites auditions « Mélanie », découvrez la seconde partie de l’interview sur notre site.

 

Pouvez-vous décrire votre fonction en 3 mots ?


Protection, prévention, présence pour le public.


Quel a été votre parcours pour en arriver là ? Aviez-vous dès le départ la volonté d’intégrer la maison de protection des familles ou cela a-t-il davantage été une opportunité ?


Pour moi, rentrer à la maison de protection des familles (MPF), c’est boucler la boucle. Je crois que je suis rentrée dans la gendarmerie exercer au sein de la MPF. A la base, je voulais être professeur de sport. J’ai fait sport-étude handball, une licence STAPS option éducation de motricité. Il fallait étudier 4 années pour avoir le concours pour être professeur de sport. J’ai essayé de passer le concours, je ne l’ai pas eu. J’ai commencé à travailler dans l’éducation nationale où j’ai été assistante d’éducation, surveillante d’externat, maître d’internat, CPE vacataire. Je n’ai pas eu le concours de CPE. Et puis je me suis retrouvée à la trentaine sans travail fixe et à me demander ce que je pouvais faire. Donc je suis allée dans un centre d’information et de recrutement de la gendarmerie. Ils m’ont dit que je devrais intégrer les BPDJ (brigades de prévention de la délinquance juvénile). J’étais rentrée en gendarmerie pour faire ça. J’ai intégré l’école de gendarmerie à 32 ans sans connaître exactement les missions.

Je suis rentrée sur concours puis j’ai fait 10 mois d’école avant de partir sur le terrain. J’ai exercé 6 ans en Bourgogne où j’ai été formée comme animatrice JDC (Journée Défense et Citoyenneté). J’ai passé un diplôme universitaire sur les adolescents difficiles, c’est la gendarmerie m’a formé à cela, 2 jours par mois à Paris pendant 1 an. A l’issue, il a fallu rendre un mémoire d’une vingtaine de pages sur un sujet qui nous intéressait. Le mien s’intitulait « Comment injecter de l’éducatif dans un système répressif ». Je suis partie en Haute-Loire pendant 4 ans, j’ai passé l’examen d’OPJ (officier de police judiciaire). J’ai ensuite fait une demande de mutation en Charente-Maritime, que j’ai obtenue. Au bout d’un an, la CLAP (Cellule de Lutte contre les Atteintes aux Personnes) a été créée. Il y en a une par compagnie en Charente-Maritime (cinq en tout). On était un effectif de quatre personnes et on traitait tous les dossiers à caractère sexuel, mineurs, femmes, hommes. De la plainte de la victime jusqu’à la présentation devant le magistrat. C’était très intense. Je n’avais plus de mission d’accueil, d’intervention police secours, etc. Je ne m’occupais que de ces dossiers-là.


Puis la MPF été créée. Il y a eu un appel à volontaires et je trouvais que cela s’inscrivait dans mon cursus, c’est ce pourquoi j’étais rentrée en gendarmerie. La BPDJ (brigade de prévention de la délinquance juvénile) je n’arrivais pas à l’intégrer, et j’étais jeune gendarme, j’avais besoin de me former, etc. Et aujourd’hui les BPDJ n’existent plus et ont été remplacées par la MPF.


J’ai 47 ans, ça fait 15 ans que je suis en gendarmerie. On ne peut pas rentrer en gendarmerie après 36 ans.


Je ne fais plus de police secours, je travaille uniquement au sein de la MPF. Parfois les missions que j’avais à la CLAP me manquent un peu, je fais moins de judiciaire. C’est 70% de prévention et 30% d’appui judiciaire.


Qu’est-ce que la maison de protection des familles et quand a-t-elle été créée ?


La MPF est une unité de gendarmerie créée en 2019 suite au Grenelle sur les violences conjugales organisé par Marlène Schiappa. Il a fallu le temps que cela se mette en œuvre partout en France mais aujourd’hui, il y en a une par département. Certains collègues sont arrivés en 2021. Je suis arrivée en février 2022 et on a été efficients à partir d’avril 2022. C’est à ce moment-là qu’on a commencé à aller à la rencontre de tous les partenaires, etc.


La MPF de Poitiers est une unité qui se déplace et est compétente dans toute la Vienne.


Nos locaux sont situés au sein du groupement de Poitiers, qui regroupe plusieurs services (état-major, etc.). Dans les locaux de la MPF, nous avons plusieurs bureaux, ainsi qu’une salle d’accueil constituée par un petit salon et une salle dite « Mélanie » (c’est la salle que nous utilisons pour entendre les mineurs victimes d’infractions).


La salle d’accueil permet de faire attendre les familles pendant les auditions des mineurs, mais propose aussi un accueil informel des femmes qui ont besoin de parler. Elle permet d’assurer un suivi des femmes qui bénéficient d’un bracelet anti-rapprochement, d’un téléphone grave danger, d’une ordonnance de protection. Ce ne sont pas des auditions dans le cadre de procédure judiciaire, sinon c’est un autre service.


La salle pour la procédure « Mélanie » est très neutre, les murs sont pastel, il n’y a pas de décoration pour éviter de perturber et d’attirer l’attention de l’enfant, pas de jouet pour ne pas le distraire. Une salle existe aussi au CHU, cela permet d’éviter que l’enfant ne fasse des allers-retours pour les différents actes de la procédure.


Quel est le rôle de la maison de protection des familles ? Quelles sont ses missions ?


La MPF a quatre missions :


●      La prévention : harcèlement, cyberharcèlement, dangers d’internet, et puis violences sexuelles et sexistes, davantage à partir des classes de 4ème/3ème.


●      La protection : protection des victimes et co-victimes (mineurs exposés aux violences conjugales notamment). Travailler auprès de la jeunesse, des seniors, et des personnes en situation de handicap.


●      L’appui : l’appui judiciaire aux unités, pour les aider sur les auditions de mineurs.


●      La coordination : travail en partenariat avec tous les réseaux qui sont efficients dans la Vienne.


Comment se passent vos interventions en milieu scolaire ?


Moi je suis experte VIF (violences intrafamiliales), ma collègue travaille plus spécifiquement au sein des collèges et des écoles (CM1, CM2, 6ème, 5ème). On remarque que quand on va intervenir, il y a toujours un enfant ou deux qui est chamboulé, qui pleure, ça libère des émotions. Beaucoup d’associations interviennent, mais c’est intéressant d’intervenir à deux voix, notamment avec l’uniforme. Ils n’ont pas peur de nous parler, on ne place pas en garde à vue, ils comprennent vraiment la différence, il faut juste désacraliser l’arme (rire). La parole est libre et c’est très important. Plus on travaille avec les enfants jeunes et mieux la prévention se fait. Et il faut continuer à marteler : dans l’idéal, il faudrait faire ça tous les six mois. C’est comme l’éducation, il faut vraiment répéter. On essaye d’intervenir une fois par an dans chaque établissement, et d’intervenir deux fois auprès de chaque classe (par exemple, on fait le harcèlement en 6ième et le cyberharcèlement en 5ième). Et on intervient toujours en dehors de la procédure judiciaire.


Avez-vous une spécialité au sein de la maison de protection des familles ?


Etant donné que je suis experte VIF (violences intrafamiliales), je fais de la prévention sur les VIF avec tous les professionnels qui peuvent entrer dans les domiciles, là où les gendarmes n’entrent pas. Par exemple, les pompiers qui peuvent rentrer sans les gendarmes. Le but est de leur expliquer comment fonctionnent les violences, quels mécanismes peuvent être mis en place par l’auteur des faits, comment la femme peut se protéger, et les signaux faibles de la violence conjugale. Il faut que les pompiers puissent se dire qu’il se passe peut-être quelque chose. Ils peuvent faire remonter l’information aux gendarmes, orienter les victimes vers des associations, etc. Il ne faut pas oublier que la violence est un mécanisme. On les forme au cycle de la violence conjugale (phénomène de tension, puis agression, enfin une justification et une phase de rémission). J’ai formé les pompiers, les aides à domicile qui peuvent aussi être alertées — donc il est important qu’elles sachent comment orienter ces femmes-là et comment alerter si elles sentent qu’il y a un souci —, les médecins également. J’ai travaillé à trois voix avec une sage-femme de l’ARS (Agence Régionale de Santé), et le CIDFF (Centre d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles). On a fait six demi-journées avec une trentaine de personnes à chaque date en 2023 sur tout le département. Il y avait de tout, des professionnels en libéral, du personnel hospitalier…


Actuellement, je travaille à former des policiers municipaux, car eux aussi reçoivent la parole des femmes et doivent orienter. Donc c’est important qu’eux aussi comprennent comment ça fonctionne.


On a un petit salon d’accueil dans lequel on reçoit des femmes que l’on suit hors procédure judiciaire. Il arrive aussi que quelqu’un vienne nous voir et nous dénonce des faits infractionnels, on va l’orienter vers un autre service de police ou de gendarmerie. Et si il/elle souhaite que je l’accompagne, je peux aussi venir.


Grâce aux formations VIF (violences intrafamiliales) qu’on fait avec tous les professionnels, ceux-ci peuvent avoir notre numéro et les femmes peuvent nous appeler. Par exemple, si une psychologue qui reçoit une victime de violences psychologiques a dans son carnet d’adresses le numéro de la MPF, la femme peut l’appeler, et la MPF va lui expliquer comment elle peut faire, sans l’obliger à déposer plainte. Ce n’est pas nous qui prenons les plaintes, la MPF est un service à part.


Je forme les gendarmes à accueillir correctement les victimes : ils se forment parce que les jeunes gendarmes il faut leur apprendre. C’est une formation de 8h. J’en anime très régulièrement.


Quelles sont vos missions par rapport aux dispositifs de protection existant en matière de violences intrafamiliales ?


Tous les mois, on a une trentaine de personnes qui ont des dispositifs de protection dans la Vienne, je ne recontacte que celles qui sont en zone gendarmerie. Ce sont des femmes qui se sont vues remettre un dispositif de protection. Ce peut être :


●      Un TGD (téléphone grave danger) pour 6 mois reconductible 6 mois : quand une procédure judiciaire est en cours, l’enquêteur appelle le magistrat et demande si la femme peut avoir un dispositif de protection. Le magistrat prend la décision et contacte France Victimes qui va ensuite communiquer avec la victime pour lui remettre le dispositif de protection. L’attribution est très rapide.


●      Un BAR (bracelet anti-rapprochement) en fonction de la peine.


●      Une OP (ordonnance de protection) pour 6 mois, accordée par le juge aux affaires familiales dans les 6 jours de la demande qui est effectuée par la victime.


Le but est d’appeler les femmes, voire les hommes victime tous les mois pour prévenir la récidive : est-ce que l’auteur a bien respecté l’interdiction de contact ? Si elle n’a pas été respectée, je fais le lien avec le magistrat, avec la gendarmerie la plus proche. Si la victime a besoin d’une aide sociale, d’une aide pour obtenir un logement, je peux appeler le CCAS (Centre Communal d’Action Sociale), un intervenant social gendarmerie, etc. Je suis vraiment un relais avec les autres interlocuteurs, d’où l’importance de la quatrième mission de coordination. On connaît tous les milieux, notamment associatifs, pour orienter au mieux les victimes. Et puis, toutes ces personnes qu’on a au téléphone, à la fin, nous disent toujours « merci ». L’objectif est que les femmes, voire les hommes ne se sentent pas seuls et ne soient pas laissés seuls dans les démarches. L’objectif est de trouver le meilleur interlocuteur. Cet appel mensuel est important, ils et elles savent qu’on va pouvoir leur apporter une solution. En plus, parfois, la procédure judiciaire est compliquée, elle prend du temps. Donc, moi aussi, je peux appeler l’unité pour demander où on en est, et pour pouvoir informer Madame ou Monsieur.


Avez-vous une semaine type ?


D’abord, ma priorité réside dans les auditions de mineurs. J’y ai été formée, donc mon but est de redonner ce que je sais. Ma priorité est d’appuyer les unités de gendarmerie. Ensuite, on cale des interventions, par exemple cette semaine, j’étais avec des policiers municipaux pour les former en 2024. Demain, j’ai une audition de mineur. Dans un autre dossier, une brigade de recherches nous demande d’entendre un mineur qui est témoin et dont la parole est nécessaire pour la procédure.


Quelles sont vos relations avec les autres professionnels ?


Nous sommes en relation avec les professionnels de la justice évidemment, mais pas que. Dans la Vienne, on a 5 réseaux de violences conjugales. Ce sont tous les acteurs qui travaillent sur cette thématique-là : CCAS (centre communal d’action sociale), infirmiers, magistrats, gendarmes, policiers, parquet, etc. Il y a aussi les « Copil VIF » (Comités de pilotage pour les violences intrafamiliales) au tribunal judiciaire.


Quelles sont les principales qualités pour exercer votre métier ?


Si on n’aime pas le contact humain, on doit faire autre chose. Il faut avoir de l’empathie, être pédagogue… L’humain est important. On est là pour aider les gens, les suivre, poser des limites et des sanctions aussi (par exemple lors des interventions en milieu scolaire, leur dire ce que l’on peut faire ou non, etc.).


Il ne faut pas se contenter de ce qu’on sait faire, sinon on s’ennuie vite. Sans chercher à me former et à progresser tout au long de ma vie, j’aurais peur de l’ennui. Je veux toujours avancer donc je me forme. Ça passe par le fait d’apprendre de nouvelles choses, de rencontrer de nouvelles personnes, de se nourrir de tout ça.


Avez-vous une possibilité d’évolution de carrière ? Combien de temps souhaitez-vous rester à la maison de protection des familles ?


Normalement je dois trois ans à l’unité avant de pouvoir faire une demande de mutation (c’est comme ça pour toutes les unités à la gendarmerie, sauf appel à volontaire : on n’a pas de temps de présence minimal demandé pour postuler). Je pense à évoluer parce que j’ai peur de l’ennui. Pourquoi ne pas partir en école peut être, pour former les gendarmes au métier, au protocole « Mélanie », mais pas que.


Si je le souhaitais, je pourrais aussi quitter la gendarmerie. Il existe des passerelles pour partir dans la police si on le souhaite. On a aussi un service de reconversion qu’on peut solliciter pour prendre sa demi-retraite ou partir, on peut faire un bilan de compétences pour savoir à quel poste on pourrait prétendre. Certains emplois sont réservés aux anciens gendarmes par exemple. En particulier pour les gendarmes adjoints volontaires, si la gendarmerie ne leur plaît pas, ils peuvent faire une école payée en tout ou partie par la gendarmerie.


Comment faites-vous pour voir des dossiers si difficiles toute la journée ? Comment vous protégez-vous ?


Je ne veux pas devenir un vieux gendarme aigri, il faut se fixer de nouveaux objectifs, continuer à avancer.


Sur place, on a un psychologue qu’on a le droit d’aller voir, donc il ne faut pas hésiter quand ça ne va pas. Faire du sport également ça peut faire du bien. Voir des ami(e)s aussi. Et on débriefe. A la MPF, on est deux à être formées aux auditions de mineurs. Sur le temps de retour dans la voiture, on verbalise, on échange, et ça fait du bien. L’important est aussi d’avoir une vie à côté. Chacun réagit à sa manière. Mais je veux me lever le matin en me disant « j’aime ce que je fais ». Le jour où je n’aurai plus envie, je me dirai qu’il faut changer. Mais pour l’instant, je n’ai pas encore fait le tour.


Quelle place occupe la hiérarchie dans votre métier ?


En gendarmerie, on sait qu’il y a un cadre, des règles, des grades. Par exemple, mon chef est plus jeune que moi, mais c’est comme ça. Après, j’ai une grande liberté dans mon travail. Si j’ai passé le concours d’OPJ (officier de police judiciaire), c’est parce que je peux rendre compte directement au magistrat et discuter avec lui. Je lui explique les éléments que j’ai, ce que je propose de faire, et je lui demande ce qu’il en pense. Et moi, j’ai les mains libres. Je garde ma liberté. Avant, par exemple, je pouvais mener les gardes à vue comme je l’entendais. Aujourd’hui à la MPF, je monte ce que je veux comme projet. Par exemple, j’ai voulu monter un projet avec « Relaxeo » (qui est un centre de spa proche de Poitiers) pour offrir à quelques femmes un moment détente de temps en temps. J’ai lancé l’idée et on m’a dit « vas-y ». On a lancé un autre projet récemment : des écoles vont faire un petit film d’une trentaine de secondes sur le harcèlement, le cyberharcèlement, etc. Et le premier prix sera une diffusion au Futuroscope. On a une grande liberté. Tant que je respecte la loi, les gens, je suis libre. C’est important d’avoir un esprit d’initiative. Avec la PJJ (protection judiciaire de la jeunesse), on est en train de réfléchir avec un nouveau projet pour travailler sur la récidive des mineurs auteurs. Par exemple, on pourrait notamment envisager des choses pour les auteurs de harcèlement scolaire. C’est ça qui est génial à la MPF, on fait ce qu’on veut. C’est une unité jeune donc on a tout à créer, on débute, on crée des choses pour les décennies futures. On a des points-écoutes dans les établissements scolaires. Des policiers ou gendarmes peuvent venir par exemple une fois par mois pour discuter avec les enfants, les écouter, etc. On peut envisager de mettre de tels points-écoutes en place. Ça peut être un futur chantier. On pense constamment à de nouvelles missions de gendarmerie. Fin 2022, j’ai fait un stage MPF. Je suis allée pendant 15 jours à Dijon pour rencontrer des personnes des autres MPF de France. On était une vingtaine pendant 15 jours. On a beaucoup échangé. Les autres MPF font plein de choses donc j’ai pu leur emprunter beaucoup d’idées et en plus, on crée un réseau en interne. On peut exporter les idées en France.


Quels sont les avantages de votre métier ?


Il n’y a pas de routine. Par exemple, le discours sur le harcèlement est toujours identique, mais les questions ne sont pas les mêmes, les problématiques varient, les enfants ne sont pas les mêmes. En réalité, tout est différent. Les victimes de violences intrafamiliales veulent toujours être protégées, il y a des questions qui reviennent (aide sociale, logement, …) mais les situations sont individuelles. C’est aussi une satisfaction personnelle que d’aider les gens. Il n’y a pas de routine et ce n’est pas du tout rébarbatif.


On a aussi la chance de pouvoir se former régulièrement (experte VIF, audition de mineur, formation sur l’autisme, etc.).


Je peux aussi prendre du grade dans mon métier pour avoir plus de responsabilités. Le but serait peut-être pourquoi pas de diriger une MPF. Mais il ne me reste que 10 ans avant ma retraite donc ça va aller vite ! Une fois qu’on a un pied dans la gendarmerie, tout est ouvert. Si on veut se former et avancer, on en a la possibilité. On peut se former tout au long de son parcours. Ce n’est pas donné à tout le monde de pouvoir évoluer autant. On a l’impression d’avoir un nouveau cahier de vie à chaque fois que l’on change d’unité. Ce n’est pas la même population, pas les mêmes difficultés, tout est différent d’une affectation à l’autre.


Et les inconvénients ?


J’ai mis un peu entre parenthèses ma vie privée, mais c’est mon choix aussi. En effet, le fait de bouger au gré des mutations est parfois un peu compliqué. On est de permanence du lundi au vendredi, mais si une unité nous demande d’être présent un week-end, on s’est engagé à être disponible pour les unités si besoin. Par exemple, si une unité va chercher un auteur sur un dossier en flagrance et qu’il faut entendre la victime dans la foulée, on est disponible. On a essayé pendant quelque temps de mettre des astreintes le week-end, mais on n’a pas été si sollicités que ça. L’essentiel de nos missions c’est de la prévention donc comme les écoles sont fermées, les partenaires sont en repos.


Est-ce que vous avez eu des désillusions dans votre carrière ? Ou des belles surprises ?


Je suis rentrée en gendarmerie sans trop savoir à quoi m’attendre. C’était stressant au début de rentrer, d’aller en école, d’avoir une hiérarchie, des choses à respecter, je ne connaissais pas les grades, etc. Ça a été difficile à 32 ans de rentrer dans la gendarmerie mais je ne retournerai pas dans le civil pour l’instant. J’ai fait trop de choses intéressantes ici. Je n’ai pas eu de désillusions, si j’en avais eu, je serais partie.


Une chose particulièrement importante pour vous ?


Le contact avec le public. Et j’essaye de transmettre la bonne humeur aux gens. J’appelle des femmes qui ne sont pas bien et qui font face à des difficultés importantes, et j’essaye de leur apporter un peu de positif : « Ça va aller ».

 

Nous remercions Madame le Maréchal des logis-chef Maryline

d’avoir pris le temps de nous faire part de son expérience en tant que gendarme à la Maison de protection

des familles de Poitiers formée aux auditions "Mélanie".


Nos remerciements vont également aux acteurs de la chaîne pénale de la Vienne

qui ont rendu possible cette interview en l’autorisant


Propos recueillis par Adélie JEANSON-SOUCHON le 25 octobre 2023.


27 vues0 commentaire

Comments


bottom of page