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Interview de Maitre Arnaud Bayle, avocat au Barreau de Bordeaux

Dernière mise à jour : 19 nov. 2023

Si vous deviez décrire le métier d’avocat en trois mots ?

Défense, conseil, et gestion malheureusement.


Quel parcours avez-vous suivi pour devenir avocat ?

Le seul qui existe, la faculté de droit suivi de l'école des avocats.


Pourquoi avez-vous souhaité devenir avocat ?

J'ai toujours été attiré par le débat contradictoire, intéressé par les problématiques juridiques, politiques, économiques et sociales, par l'oralité et peut-être un peu fasciné par l'aspect traditionnel et historique du monde judiciaire... Ce métier réunissait un peu tout cela, j'aime l'idée de porter une robe dont la coupe date de 1810, tout en me penchant sur des problématiques extrêmement concrètes et actuelles.


Quelles sont les qualités essentielles que doit avoir un avocat ?

L'avocat doit d'abord être un bon juriste car sinon les autres qualités sont parfaitement inutiles. Il doit ensuite être imaginatif, fin, empathique et tenace. Il doit être capable de raisonner à rebours, contre les certitudes et les évidences. Et si en plus il a de bonnes capacités au niveau de la prise de parole publique alors...


Quelles sont les principales missions de l’avocat ?

J'en reviens à la première réponse : défendre et conseiller. Défendre dans le cadre d'un processus judiciaire ou juridictionnel, et conseiller en amont de ce processus, précisément pour éviter de s'y retrouver…


Comment exercez-vous actuellement ? Avez-vous commencé par cela ou avez-vous eu d’autres expériences auparavant ?

J'ai été collaborateur libéral à plein temps pendant environ 2 ans et demi, puis collaborateur à mi-temps pendant un an, avant de m'installer en cabinet individuel.


Exercez-vous dans une/des spécialité(s) particulière(s) ? Si oui, pourquoi avoir choisi cette/ces branche(s) ?

Le droit pénal représente 75% de mon activité, le reste étant essentiellement consacré au droit civil. J'ai toujours souhaité « faire du pénal » pour l'ensemble des raisons habituelles qui poussent certaines et certains à s'engager dans cette voie. C'est donc la formation universitaire que j'ai choisi, et c'est tout naturellement que j'ai développé cette activité après avoir prêté serment, notamment par le biais des permanences pénales dites « de commission d'office ». Mais je n'ai jamais négligé le droit civil, certes moins riche en adrénaline, mais plus reposant et amenant une réflexion différente.


Certaines personnes critiquent fortement les avocats pénalistes, comprenant mal comment il est possible moralement de défendre certains criminels. Qu’avez-vous à leur répondre ?

Par définition, un avocat ne défend jamais un criminel puisque le procès a justement pour fonction de déterminer si la personne poursuivie a commis l'infraction reprochée. Et puisque c'est l'accusateur qui accuse (cqfd), c'est logiquement à lui de démontrer la réalité de la culpabilité qu'il affirme, ensuite le juge décidera. C'est le sens de la présomption d'innocence. A partir de là le défenseur doit abandonner tout complexe dans l' exercice de sa fonction qui est essentielle pour essayer de parvenir à la vérité judiciaire, en soulevant tous les éléments de nature à remettre en cause les poursuites. Non seulement il ne doit pas avoir de complexe, mais il doit s'engager pleinement dans cette mission de défense qui n'est pas antisocial puisqu'elle est au contraire confiée par la société à notre profession pour garantir la qualité des décisions de justice.

Depuis des siècles on n'a pas trouvé mieux que l'affrontement entre l'accusation et la défense pour tenter de parvenir à la vérité judiciaire. Sinon on distribue des PV avec des peines de perpétuité comme pour les infractions aux règles de stationnement, mais alors les acquittés d'Outreau, Patrick DILS et Loïc SÉCHER seraient toujours en train de croupir en prison ! Lorsque la personne poursuivie reconnaît des faits qui sont par ailleurs objectivement démontrés, alors le rôle de l'avocat est d'expliquer le contexte, l'histoire qui a pu conduire à l'acte interdit et qui doit être prise en compte dans le quantum de la peine. En effet certains comportements criminels ont partiellement ou exclusivement pour origine le parcours des gens qui les observent, et le juge ne peut juger des accusés que leur « part de liberté ». Il faut être très humble car personne ne sait de quoi il est capable dans certaines situations tant qu'il n'y a pas lui-même été confronté.


Si vous deviez décrire une journée / semaine type, à quoi ressemblerait-elle ?

C'est très diversifié, cela va de la rédaction solitaire et besogneuse dans l'intimité de son bureau jusqu'aux audiences, aux parloirs à la Maison d'arrêt, rendez-vous cabinet, compta, démarches au greffe etc etc...


Quels sont les rapports que les avocats entretiennent avec la magistrature ?

C'est très compliqué. D'abord parce qu'ils rendent les décisions, et donc que notre déception et notre sentiment d'injustice peut entraîner du ressentiment. Ensuite parce que certains magistrats ne comprennent pas notre mission (et donc la leur), nous associant à nos clients et considérant que notre action ne fait que ralentir l'administration dont ils ont la charge et dont ils espèrent une promotion, ce qui a pour effet de les rendre cette minorité désagréable à notre égard. Enfin parce que pour la majorité, nous sommes amenés à les côtoyer quotidiennement de manière professionnelle et parfois sympathique, alors même que la contradiction propre à l'audience pénale peut nous obliger à nous confronter violemment à eux. C'est donc très difficile de garder la bonne distance, surtout dans un barreau de province.


Et avec la police ?

Finalement plus facile car il n'y a pas de faux semblants, les rôles de chacun sont identifiés et compris de part et d'autre.


Quels conseils donneriez-vous à un étudiant voulant devenir avocat ?

D'étudier ! De travailler beaucoup, d'être à l'écoute des exigences et d'être endurant. Le travail paie toujours. Parfois cela met du temps, mais ça finit par payer.


Quelles sont les matières à ne pas négliger pendant sa scolarité pour devenir avocat ?

Les matières de procédure.


On entend souvent que le secteur est bouché en dehors de la capitale… Qu’en pensez-vous ? Avez-vous eu du mal à trouver un emploi une fois diplômé ?

Le secteur n'est pas bouché mais tendu, pour ma part je pense qu'il y aura toujours de la place pour ceux qui sont travailleurs et qui aiment ce métier. Beaucoup le quittent car ils l'ont choisi un peu par hasard à la sortie de la Fac de droit, or il faut en avoir vraiment envie pour l'exercer dans la durée. Si on a cette envie alors ça se passera bien.


Quels sont les avantages et les inconvénients du métier d’avocat ?

La liberté comme avantage, donc la responsabilité comme inconvénient. La vie de palais est agréable dans la mesure où l'on croise des amis de fac ou de promo en allant travailler, et avec qui on peut toujours prendre un café. Au niveau des inconvénients c'est une profession libérale donc il faut s'occuper de la gestion de son cabinet alors même que l'on est pas du tout formé pour ça. Le fait d'être en relation avec des gens apporte beaucoup de satisfaction, mais cela peut être aussi compliqué.


Avez-vous eu des désillusions ou de belles surprises par rapport à la profession ?

Non, je pense que j'avais une vision du métier pas si éloignée de sa réalité.


Selon vous, quelles sont les perspectives d’avenir pour la profession ?

Je ne crois pas que les choses vont beaucoup changer. Le fait de rédiger à la plume d'oie ou sur un clavier ça ne change pas fondamentalement la réalité du boulot. Les progrès sont davantage à rechercher dans la transparence des conditions économiques d'intervention des avocats pour dépasser les clichés, et amener les gens à pousser la porte des cabinets sans crainte lorsqu'ils sont confrontés à une problématique juridique.


Merci à Maitre Arnaud Bayle d’avoir pris le temps de répondre à nos questions !


Cette interview a été publiée pour la première fois dans la revue n°3, en décembre 2018



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