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Interview d'une greffière à la cour d'appel de Paris

Dernière mise à jour : 19 nov. 2023

Quelle est votre fonction et le tribunal dans lequel vous exercez ?

Je suis greffière à la cour d’appel de Paris au pôle civil : au service de l’expropriation et à la cour régionale des pensions militaires. Il s’agit de deux services différents. Avant je travaillais en première instance, au Tribunal d’instance de Paris 18ème (audiences civiles) et au Tribunal d’Instance de Paris 7ème (au service des tutelles).


En quoi consiste ce métier ?

Le métier de greffier a plusieurs aspects : le greffier est un technicien du droit, il authentifie les actes de procédure, il peut être un encadrant intermédiaire, il peut faire de l’accueil. Il assiste le magistrat aux audiences, aux auditions, aux transports sur les lieux. Il peut être GAM (greffier assistant magistrat), et est alors amené à faire des recherches documentaires pour le magistrat.

Le greffier peut travailler au civil, au pénal, ou encore au social (dans un conseil de prud’hommes, où son rôle est important puisqu’il travaille avec des magistrats non professionnels).


Quel parcours scolaire faut-il avoir fait pour exercer ce métier ?

Il faut avoir un bac +2 pour passer le concours, mais la plupart des greffiers ont bac +4 ou +5. Pour être directeur de greffe (anciennement greffier en chef), il faut avoir un bac +3.


Quelles sont les qualités qu'il faut avoir pour exercer ce métier ?

Le greffier doit en principe avoir des qualités rédactionnelles, des compétences juridiques, des qualités humaines et des valeurs morales.


Quelles sont les matières importantes à étudier pour exercer ce métier ?

Il faut apprendre la procédure (civile, pénale, ou prud’homale), alors qu’à l’université on fait essentiellement du droit. Ce métier nous fait découvrir la procédure, on est d’ailleurs garant de la procédure, une sorte de garde-fou contre d’éventuelles erreurs (par exemple, on peut rappeler au conseiller d’une cour d’appel que dans tel contentieux, il ne peut pas siéger à juge unique mais en collégialité : lui en tant que président et avec deux assesseurs). Les avocats sont à l’affût de la moindre erreur de procédure.


Quelles sont les qualités et les inconvénients de ce métier ?

C’est un métier qui permet de changer de procédure, de matière, de pratique... Et donc c’est un métier intéressant, puisque l’on échange beaucoup entre nous et avec les magistrats. On est amené à faire de la polyvalence. Par exemple, au Tribunal du 7ème où j’exerçais, mon poste était greffier des tutelles, mais je faisais aussi des injonctions de payer, de l’accueil, de la régie (fonctions comptables), des audiences civiles, du contentieux électoral au moment des élections où il pouvait y avoir des recours, des saisies rémunérations, des PACS... L’intérêt, c’est que tu peux, en tant que greffier, cultiver une certaine curiosité intellectuelle, faire de la rédaction pour certains actes juridiques, informer le justiciable. C’est un métier qui peut, surtout si on est à l’instance, permettre beaucoup d’initiatives et de polyvalence. L’inconvénient, c’est qu’à mon sens, on n’est pas suffisamment reconnu. Il n’est pas rare pour un greffier de sortir à 2h du matin, voire plus, d’une audience pénale ou encore de travailler le samedi et le dimanche, par exemple pour les reconduites à la frontière ou les hospitalisations d’office... Pour une astreinte de 50 euros.


Est ce que l'exercice de ce métier est beaucoup influencé par les différentes réformes en droit ?

Oui, bien sûr, notre métier évolue en fonction des réformes. Je peux citer le décret du 6 mai 2017 qui a eu une incidence sur la cour d’appel, puisqu’il a fallu revoir les délais pour les échanges de conclusions entre avocats, et donc le calendrier Magendie. Le greffier doit toujours être attentif aux réformes.


Quelles sont les possibilités d'évolution dans ce métier, et comment évoluer (grade, mutation...) ?

Il y a la promotion interne (des concours en interne) qui permet aux agents de catégorie C de devenir greffier (catégorie B). Le greffier lui-même peut passer des concours, notamment pour devenir directeur de greffe (catégorie A), mais il ne fera dès lors que de l’encadrement. A la cour d’appel, un directeur de greffe encadre en moyenne 40 personnes. Il ne fait plus de procédure, et c’est dommage. Ce n’est plus du tout le même métier.


Pourquoi avoir choisi ce métier ?

J’ai choisi ce métier parce que j’ai fait du droit, que je ne voulais pas être avocate, huissier ou notaire et que le concours de magistrat me semblait très dur. Cependant, j’ai toujours eu une attirance pour le métier de la magistrature, et devenir greffier était pour moi l’opportunité de travailler avec les magistrats en étroite collaboration. De cela, je ne suis pas déçue. (Nous soulignons qu’un greffier peut devenir magistrat en passant le concours interne ou bien via d'autres voies de recrutement - Ordonnance n° 58-1270 du 22 décembre 1958 portant loi organique relative au statut de la magistrature)


Nous remercions Isabelle pour avoir bien voulu répondre à nos questions


Propos recueillis par Lou THOMAS


Cette interview a été publiée pour la première fois dans la revue n°2, en septembre 2018


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