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« Nous sommes esclaves des lois pour pouvoir être libres »

Dernière mise à jour : 26 nov. 2023

Cicéron


Ce commentaire d'arrêt a été publié pour la première fois par Gladys Konaté, en décembre 2018, dans La Revue n°3.


Selon l’article 4 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, « la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. »


L’idée de cet article est claire : nous ne sommes libres que parce que la loi impose des bornes à notre liberté. Cela vous apparait paradoxal ? C’est normal ! La liberté semble souvent revêtir par définition un caractère absolu. Or ce genre de liberté relève en réalité du domaine de l’idéal car elle ne pourrait exister que pour un être humain vivant seul sur Terre. Cependant dès lors que l’homme vit parmi d’autres hommes, il ne peut être absolument libre. En effet, l’homme est un être social[1]. Il vit en société. Ainsi, sa liberté est bornée par celle-ci. Et la société s’exprime par le biais des lois.


Les théories du contrat social[2] font écho à cette citation. Ainsi, Thomas Hobbes[3] par exemple avait sa propre vision des choses. Il parlait de droit naturel – le jus naturale- et de loi naturelle – la lex naturalis-. Le droit naturel permet de décrire la façon dont les hommes agissaient dans l’état de nature, lorsqu’ils étaient tous véritablement libres et pouvaient exercer leurs droits de manière absolue.


Néanmoins, dans cette situation, les hommes se heurtaient nécessairement à une loi naturelle que l’on peut résumer en ces termes : si j’exerce mes droits de façon absolue, je me heurterai à ceux de mon voisin. Dès lors, cela fait naitre des conflits. Cette loi est inévitable. C’est en raison de cela, pour Hobbes, que les hommes ont choisi de vivre en société et qu’ils ont volontairement décidé de renoncer à leur liberté absolue, à leur droit naturel, en s’en remettant à l’Etat[4] pour plus de sécurité. Le choix des hommes a donc été de renoncer à un peu de liberté pour obtenir la paix sociale par le biais de la loi, expression de la volonté générale[5].


La liberté a donc nécessairement deux facettes : d’une part être libre, c’est ne pas être dominé. D’autre part, pour être réellement libre, il faut accepter de se soumettre.


Ces deux facettes ne sont pas nécessairement opposées. En effet, si dans ma société tout le monde accepte de se soumettre aux lois, au « pacte social », alors je suis sûre que je ne me ferai pas dominer contre ma volonté par quelqu’un. Je serai libre.


La liberté résiderait finalement dans le fait de choisir de se rendre esclave des lois, et non pas de subir cet esclavage. Il faut avoir conscience qu’il n’y a qu’en acceptant de se soumettre que l’on peut jouir de sa liberté. Car autrement, toute liberté absolue confrontée à la liberté absolue d’autrui créerait des conflits, de la violence, des guerres entre humains. Dès lors, pour ne pas avoir à choisir entre la paix et la liberté, il faut accepter de se soumettre, oui, mais à une seule chose : la loi, expression de la volonté générale.


Autrement dit, il faut que chacun accepte de se soumettre à des règles minimales de vie en société. C’est ainsi que la phrase de Cicéron prend tout son sens.



Gladys KONATÉ

 

[1] N’oublions pas la citation d’Aristote en ce sens : « L’homme est un animal politique »


[2] Les théories du contrat social sont des fictions pour justifier l’existence de l’Etat : il y a eu certes Hobbes mais aussi Rousseau ou encore Locke qui ont écrit à ce propos


[3] Auteur de la célèbre phrase « L’homme est un loup pour l’homme »


[4] L’Etat est appelé « Léviathan » par Hobbes


[5] Article 4 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen : « la loi est l’expression de la volonté générale [...] ».

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